LA LIBERTE DE LA PRESSE AU MAGHREB

Où en est la liberté de la presse ? Peut-on vraiment parler de tout et n’importe où ? Au vu du nombre d’enlèvements, de condamnations et de meurtres que totalise le métier de journaliste, il s’avérerait que non… Le cas des pays du Maghreb illustre cette inégalité concernant la liberté de la presse.

A lire sur MENA-Post ici.

Censure, propagande politique, insécurité, pressions financières, intimidations… tout est bon pour faire taire la presse. Sa liberté est malmenée encore aujourd’hui et reste inégalement acquise dans les pays du Maghreb.

Cet article propose de revenir sur la liberté de la presse dans les pays du « Grand Maghreb » que sont la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Lybie. Construit à partir des rapports annuels de Reporters sans frontières (RSF) – présentant un classement des pays du monde concernant la liberté de la presse – il s’agit de dresser un bilan de son évolution sur une période de 10 ans dans les pays cités.

Ce classement est le résultat d’une évaluation basée principalement sur les critères suivants : le niveau des exactions, l’étendue du pluralisme, l’indépendance des médias, l’autocensure, le cadre légal, la transparence et les infrastructures.

Leurs évolutions ces 10 dernières années en schéma

PastedGraphic-5-2Crédit : Julia Buquet
Indice : classement sur un total de 180 pays maximum

Explications du graphique :

Ce premier graphique permet de voir l’évolution de chaque pays du Maghreb dans le classement mondial concernant la liberté de la presse.

On constate une progression légère pour la Tunisie pendant que d’autres autres pays essuient une dégradation globale. On peut également voir que la liberté de la presse en Lybie devient de plus en plus critique, tandis que celle de la Mauritanie, après avoir connu un pic d’amélioration vers 2007 et un écroulement l’année suivante, remonte depuis la pente. La Mauritanie jouit de la plus grande liberté de la presse malgré que ses progrès restent tout de même très irréguliers.

PastedGraphic-6-2Crédit : Julia Buquet

Explications du graphique :

Grâce à ce graphique on peut distinguer qu’entre les pays du Maghreb, les différences sont assez importantes. La Mauritanie reste la meilleure élève concernant la liberté de la presse contrairement à la Lybie et l’Algérie qui se disputent la dernière place du classement pour la région.

Ces données doivent être corrélées avec l’actualité des pays. Conflits, radicalisation, crises économiques, censure politique… sont des facteurs explicatifs des baisses recensées. Développement des libertés sociales, démocratisation, amélioration des conditions de vie, stabilisation politique… entrent en jeu, quant à eux, dans l’évolution de la liberté de la presse.

Au niveau juridique, même si des lois ont été votées pour certains pays en faveur d’une plus grande liberté de la presse, dans les faits, la mise en place est plus lente.

La situation actuelle

Le constat qui prédomine au Maghreb est celui d’une situation difficile pour les journalistes. De nombreuses exactions, agressions et condamnations ont été recensées ces dernières années. En Algérie, des journalistes sont régulièrement emprisonnés, des journaux ont été fermés et des contenus ont été interdits. Depuis la réélection du président Abdelaziz Bouteflika, la presse est sous tension. Toute tentative d’intimidation est bonne pour museler la presse. Tout ne peut pas être dit et la plupart des chaines de l’audiovisuel continuent d’être dirigées par le pouvoir.

Depuis quelques mois au Maroc, la liberté de la presse connait également une dégradation avec un durcissement de la répression envers les journalistes. La situation était déjà difficile ces dernières années, mais le contrôle est devenu encore plus resserré. De nombreuses arrestations ont eu lieu depuis le début de l’année 2015 et des demandes d’arrêt de tournage ou des confiscations de matériels ont rendu compliqué le métier de journaliste dans le pays.

La Tunisie connait elle aussi son lot d’agressions, de heurts entre les forces de l’ordre et les journalistes qui restent un réel problème dans ce pays. Au même titre, la Mauritanie, malgré qu’elle soit en tête des pays du Maghreb dans le classement, connait elle aussi de nombreux cas de violences ou encore de condamnations de journalistes comme le cas du blogueur qui a été condamné à mort fin décembre 2014 pour apostasie.

Le cas de la Lybie est sans doute le plus désastreux. Des négociations ont lieu depuis le début de l’année entre les différents acteurs et conduites par l’ONU. Le but étant d’arriver à un accord d’unité nationale. Pendant ce temps, la situation du pays ne s’améliore pas. La situation médiatique non plus. Les journalistes sont menacés et forcés à l’exil. Ceux qui restent, choisissant de poursuivre leur métier, prennent de grands risques. Les exactions à leur encontre ne cessent d’augmenter. Beaucoup de journalistes ont été sauvagement assassinés, payant de leur vie leur lutte pour la liberté d’expression et d’information.

Tous ces pays restent – malgré des efforts visibles concernant les libertés sociales et une amélioration particulièrement dans la liberté d’expression – parmi les plus mauvais élèves en termes de liberté de la presse dans le classement mondial.

Julia Buquet

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